De la pandémie au podium : Retour au sport à l’ICSO (Partie 2: Eric Rodrigues et Melissa Lacroix)

jeudi, 19 novembre, 2020

L’Institut canadien du sport de l’Ontario croit au pouvoir du sport et à ses principes unificateurs à l’échelle mondiale. Au cours de la pandémie de la COVID-19, nous avons été forcés de nous adapter à une nouvelle réalité et de nous unir pour nous soutenir mutuellement de diverses façons. Cette série d’articles en 4 parties, rédigée par le journaliste sportif lauréat de nombreux prix David Grossman, a été conçue pour mettre en valeur nos athlètes résilients et les praticiens qui ont joué un rôle déterminant dans leur retour au sport.

 

« Ma priorité était d’être plus indépendant et j’ai dû réapprendre à faire les choses. J’étais engagé et j’ai travaillé très fort. »

- Eric Rodrigues    

 

Par David Grossman

Eric Rodrigues sait ce que c’est que de surmonter les difficultés et de passer à travers les moments difficiles.

C’est un athlète talentueux né à Toronto. Il joue au rugby et reconnaît ce que le sport, lʼentraînement et la bonne forme physique peuvent apporter à une personne et à une équipe. Ce qui est encore plus impressionnant, c’est de regarder M. Rodrigues lors d’un match.

Car il compétitionne en fauteuil roulant.

Eric et Andrew Cochrane a CSIO - Photo de Jason Burnett

Il se souvient très bien de cette journée horrible en 2009, alors qu’il était en vacances avec des amis en Espagne. À l’âge de 29 ans, il a eu un accident de planche à neige. Tombé du haut d’une falaise de 130 mètres, M. Rodrigues a subi une fracture au cou, a eu un fémur brisé et un poumon perforé, a été atteint de pneumonie et a été gardé dans un coma artificiel pendant trois mois.

Il n’avait jamais prévu passer la moitié d’une année à l’hôpital sur les contreforts des montagnes Sierra Nevada, suivi d’une réadaptation au Portugal et à Toronto afin de suivre des programmes de réadaptation pour blessures à la colonne vertébrale. Il n’avait pas non plus prévu d’autres interventions chirurgicales, comme une trachéotomie, ni les traitements subséquents qui s’ensuivirent.

M. Rodrigues est devenu prisonnier du moment, faisant face à la pression et à l’incertitude.

La persévérance, en plus de plusieurs sources de soutien, ont fait une énorme différence pour sauver son avenir, une situation qui lui ouvrira la porte à l’occasion de représenter le Canada dans une compétition sportive internationale.

Toujours intéressé par une carrière en enseignement, M. Rodrigues s’est enseigné lui-même comment jouer au rugby. Tout a commencé pendant son rétablissement à l’hôpital Lyndhurst de Toronto, où on lui a présenté le rugby en fauteuil roulant dans un film documentaire sur les athlètes handicapés physiquement qui pratiquent le sport en fauteuil roulant.

Lors de ses études secondaires à Mississauga et de ses études en éducation physique à l’Université Castelo Branco au Portugal, Eric Rodrigues avait apprécié le sport de contact. Après sa blessure, il a instinctivement décidé d’établir un contact avec le réseau des sports paralympiques de l’Ontario.

« J’ai connu une mauvaise période durant laquelle je ne pouvais pas utiliser mes mains et j’étais plutôt secoué », a-t-il dit lors d’une conversation téléphonique pendant une pause de sa routine actuelle d’entraînement et de formation. « À l’époque, je me demandais toujours : pourquoi moi, et maintenant? Je ne savais rien à propos d’un fauteuil roulant. »

Melissa Lacroix, Lead Physiologist, CSIO et Eric Rodrigues. Photo de Jason Burnett.

Après un certain temps, M. Rodrigues a obtenu des réponses. Il a choisi de se concentrer à vivre une vie normale plutôt que de ressasser le passé. Un avantage énorme a été un homme qu’il a rencontré pendant sa réadaptation qui allait devenir un ami pour le restant de ses jours. Il lui a expliqué comment il a appris à jouer au basketball en fauteuil roulant.

« Lorsque je l’ai vu sur un ordinateur, cela a fait naître une flamme en moi », a-t-il dit. « Ma priorité était d’être plus indépendant et j’ai dû réapprendre à faire les choses. J’étais engagé et j’ai travaillé très fort. »

Les jours de la catharsis ont changé. M. Rodrigues s’adaptait et a déclaré qu’il avait la chance de bénéficier de l’aide de certains joueurs et mentors canadiens emblématiques.

« C’était énorme, et ils m’ont permis de m’améliorer en tant qu’athlète. Ma confiance en moi a augmenté et les choses ont commencé à changer dans ma vie », a déclaré M. Rodrigues. « J’ai appris que la vie continue et qu’il y a toujours une meilleure façon de faire quelque chose. »

En 2012, il y avait plus de pression, ainsi qu’un optimisme et une intensité différents. Rodrigues s’est mariée. Sur la scène du rugby, les choses ont pris leur essor lorsqu’il a fait partie de lʼéquipe provinciale et a aidé lʼOntario à remporter un championnat canadien en rugby en fauteuil roulant.

« C’était une année spéciale », se rappelle-t-il. « Deux des plus grands moments de ma vie : le mariage et mon premier grand événement de rugby en fauteuil roulant. »

M. Rodrigues a connu des revers physiques en 2015, mais remercie le « personnel incroyable de Sunnybrook (Health Sciences Centre à Toronto) pour lui avoir permis de reprendre le cours normal de sa vie ». Un an plus tard, il a été très heureux après avoir reçu une invitation pour tenter de faire partie de l’équipe nationale et espérait pouvoir continuer à s’améliorer et à gagner une place parmi les membres de la prochaine équipe olympique du Canada.

Eric a CSIO. Photo de Jason Burnett.

Ancien athlète paralympique masculin de lʼannée de lʼOntario, M. Rodrigues sʼest entraîné trois fois par semaine entre juin et octobre au Centre sportif panaméricain de Toronto. Il a resserré ses habitudes d’entraînement, éliminant ainsi le temps perdu et le remplaçant par de l’exercice et des séances d’entraînement cinq fois par semaine à sa résidence.

Son objectif était de dominer, en plus d’avoir l’occasion de faire partie de l’équipe canadienne qui participera aux Jeux paralympiques de Tokyo. C’est le même événement mondial qui a été reporté en 2021 en raison de la pandémie de COVID-19.

« En vérité, je suis l’un des joueurs les moins physiquement capables, mais je fais tout mon possible pour faire partie de cette équipe », a déclaré M. Rodrigues. « Lʼentraînement se poursuit et jʼai la chance dʼavoir des rouleaux (une sorte de tapis roulant intérieur) pour mon fauteuil roulant de rugby afin dʼaméliorer mon cardio, jʼutilise des aides à la préhension pour renforcer ma préparation physique tout en obtenant lʼaide dʼune personne vraiment spéciale. »

M Rodrigues fait référence à Melissa Lacroix, physiologiste principale de lʼInstitut canadien du sport de lʼOntario (ICSO) qui travaille également avec le programme de rugby en fauteuil roulant Canada. Il a admis que (Mme Lacroix) est responsable de l’ajustement de précision de son corps, plus que ce qu’il ne l’avait imaginé à l’origine.

« (M. Rodrigues) est l’un des athlètes qui travaillent le plus et les plus déterminés avec lesquels j’ai travaillé. Il est réceptif, écoute, apprend et s’améliore », a déclaré Mme Lacroix. « Dès la première rencontre, en 2014 à Vancouver, il a demandé toute l’aide et les connaissances qu’il pouvait obtenir pour s’améliorer, et il a beaucoup apprécié les occasions qui se sont offertes à lui. »

Mme Lacroix a déclaré qu’elle a remarqué que M. Rodrigues s’est poussé à progresser et à s’améliorer, là où d’autres se seraient simplement retirés. Son travail consiste à l’aider à s’entraîner, à s’améliorer et à se renforcer.

Melissa et Eric a CSIO. Photo de Jason Burnett.

« Il a participé à toutes nos séances et je me souviens d’une fois où il est venu s’entraîner avec un tube d’alimentation en raison d’une blessure au cou », a-t-elle dit. « C’était quelque chose que je n’avais jamais vu auparavant. Il était tout simplement très déterminé, prêt à s’entraîner malgré l’adversité, à toujours s’améliorer. Il pourrait avoir des excuses, mais il ne le fait pas. Sympathique et amical, il est l’étudiant idéal et il est toujours en train de s’assurer du bien-être des autres. »

-

 

 David Grossman est un journaliste chevronné, lauréat de nombreux prix, diffuseur auprès de certains des principaux médias canadiens, notamment le Toronto Star et SPORTSNET 590 THE FAN, et professionnel des relations publiques depuis plus de 45 ans dans le domaine des sports et des relations gouvernementales au Canada.

Catégorie de nouvelles: 

Dernières nouvelles