Le çons du sport pour le « vrai monde »

athlete running

PAR LE DR PETER JENSEN, FONDATEUR DE L’ENTRAÎNEMENT DE HAUT NIVEAU

Article publié dans IGNITE, le bulletin trimestriel de Performance Coaching, en février 2012. Pour un abonnement, aller au site www.performancecoaching.ca/subscribe.

Dernièrement, j’ai fait de nombreuses sessions avec des athlètes et j’ai été étonné que beaucoup de leurs questions étaient les mêmes que poseraient des gens comme vous, dans un milieu de travail. C’est à l’université de Toronto, lors d’une session avec des athlètes, qu’un perchiste m’a demandé ce qu’on peut faire quand, malgré tout le travail consacré à la tâche, on continue de penser que ce n’est pas suffisant. Le même jour, je participais à une conférence téléphonique avec des gens d’Austin, au Texas. Nous préparions un atelier à l’intention de directeurs des ventes. Un des présentateurs, en parlant de la génération Y, a mentionné leur recherche de la perfection et leur penchant pour l’autocritique.

Peggy et moi travaillons avec une équipe de volleyball universitaire dont la plupart des membres se situeraient assez haut dans l’échelle d’autocritique.

Souvent, je serais tenté de leur révéler mes imperfections pour leur faire comprendre qu’il n’est pas essentiel d’être parfait. J’ai demandé au jeune perchiste de deviner la moyenne avec laquelle j’avais obtenu mon diplôme de l’école secondaire. Il savait que je détenais un doctorat et que j’ai bonne réputation dans mon domaine. Ce que je lui ai appris qu’il ne pouvait pas deviner, c’est que j’ai été diplômé avec une moyenne 64 %.

De nos jours, combien d’universités admettraient un diplômé à 64 %? Le fait est que la génération montante a été poussée vers la performance de haut niveau. Certains, craignant l’échec, se poussent eux‑mêmes et trouvent une motivation dans l’autocritique. Il y a des situations où cela peut être utile, mais elles ne sont pas nombreuses. La méthode devient contre-productive – surtout si l’on doit performer à un niveau élevé durant une longue période de temps. On ne peut pas performer à un niveau élevé si l’on persiste à être soi-même celui qui, dans la foule, chahute toujours sa performance. Le prix à payer devient trop élevé. Si l’on est jeune, ça peut miner la confiance et causer de l’inquiétude. Plus tard, ce sont la santé et les relations qui en souffriront. J’ai demandé au perchiste s’il motiverait son meilleur ami comme il se motivait lui-même. Il a répondu par un non tout en douceur. Je lui ai dit qu’il n’existait pas, d’une part, une règle de motivation pour le reste du monde et, d’autre part, une règle différente pour lui tout seul.

Gardez bien cette idée en tête pour la prochaine fois que vous aurez à vous motiver, à motiver votre personnel ou vos enfants. L’attirance vers une chose qu’on veut vraiment et la course vers un but qu’on a choisi sont des états d’esprit fort différents de ceux engendrés par la peur ou la critique. Et même quand on pense ne pas avoir de choix pour certaines tâches  –  il suffit de se forcer un peu. Nous avons toujours le choix de la façon d’aborder une  tâche. On ne choisit pas un état d’esprit pour plaire à quelqu’un ou réaliser l’objectif de quelqu’un d’autre. Et si l’on change cet état, c’est parce qu’on peut le faire et que c’est pour nous le meilleur scénario.

On ne peut pas performer à un niveau élevé si l’on persiste à être soi-même celui qui, dans la foule, chahute toujours sa performance. Le prix à payer devient trop élevé.

Plusieurs athlètes soulèvent le problème de l’excès d’analyse et de réflexion. Je leur fais remarquer que c’est là une attitude qui, de bien des façons, les transforme en débutants. Une des raisons de s’entraîner en répétant les bons mouvements, c’est de rendre les compétences automatiques et de déplacer le centre de contrôle de ces compétences vers l’arrière du cerveau. Dès qu’on analyse et réfléchit trop en cours de performance, on retrouve le cerveau d’un débutant. On devient un peu plus hésitant et l’on perd la continuité et le rythme. Le cerveau du débutant est excellent pour comprendre quelque chose. Une fois cette chose apprise, ce que vous recherchez pour son exécution c’est la continuité et le meilleur de vous-même. Il faut savoir cesser de penser et commencer à performer. Donnez-vous des façons de vous rendre compte et de vous rappeler que ce n’est plus le moment d’analyser et d’évaluer. C’est le moment de performer. Soutenez la performance.

Ce que je suggère aux athlètes, c’est de trouver deux ou trois qualités qu’ils veulent donner à leur performance – équilibre, force, puissance, continuité, légèreté, solidité ou autre – et de se concentrer sur ces qualités durant l’échauffement, plutôt que de multiplier les conseils techniques et l’analyse. Un golfeur du circuit de la PGA avec qui j’ai travaillé fredonnait et chantait tout bas pour maintenir la continuité de son jeu et éviter de trop analyser. Quelles sont les qualités à trouver et à mettre en œuvre lors de performances clés? Faites-vous appel à ces qualités durant l’entraînement, alors que vous préparez ces performances? Il faut pratiquer l’entraînement mental tout autant que l’entraînement technique. L’acquisition de toute compétence – y compris les compétences mentales – exige de la répétition.

L’attirance vers une chose qu’on veut vraiment et la course vers un but qu’on a choisi sont des états d’esprit fort différents de ceux engendrés par la peur ou la critique.

Une sauteuse en hauteur m’a demandé pourquoi elle n’arrivait pas à visualiser certaines parties de son approche et du saut lui-même. Avant que je puisse répondre, un athlète d’expérience lui a dit : « C’est probablement parce que la technique de ce que tu veux faire n’est pas claire dans ton esprit. » Une excellente réponse! Souvent, si l’image de ce que nous voulons faire n’est pas claire dans notre esprit, c’est que nous ne comprenons pas bien comment y arriver. Nous possédons la plus grande partie de l’exécution, mais il y a peut-être une partie dont l’image nous échappe ou change à chaque fois qu’on l’évoque. Un jour, j’ai demandé à une médaillée d’or du plongeon olympique d’écrire le détail d’un plongeon qui lui causait un problème. Nous avons ensuite remis cette description à son entraîneur. Il a tout de suite vu que l’image qu’elle se faisait du plongeon était très différente de ce qu’il fallait faire. Une fois l’image modifiée, les résultats sont devenus plus réguliers. Si vos résultats sont irréguliers ou si l’exécution est hésitante, vérifiez si vous avez une vision claire de ce que vous voulez faire et réussir. Le voyez‑vous vraiment bien? Ou y a-t-il des zones floues où il faudrait préciser la tâche à accomplir.

Finalement, des athlètes des jeux Olympiques d’été m’ont posé beaucoup de questions concernant la monotonie de l’entraînement répété jour après jour. Nous avons discuté de façons inventives de renouveler l’énergie et la motivation pour les exercices. Par exemple, ce peut être une compétition avec un adversaire imaginaire, ou encore des petits défis et objectifs quotidiens pour lesquels on se récompense si on les atteint. Si vous dormez suffisamment et si votre alimentation est saine, faites en sorte que les tâches à accomplir soient un jeu et un plaisir à la mesure de l’énergie qu’on leur consacre. Et voilà. C’est le boulot qui vous attend. Et vous pouvez en venir à bout. Mettez-y du muscle mental.

Les entraîneurs aussi peuvent se lasser de la répétition. Un entraîneur m’a parlé d’une chose dont il s’est rendu compte après une de nos conférences. « En cours d’entraînement, si vous n’apprenez rien au sujet de votre athlète, vous ne faites pas bien votre travail. Par conséquent, il faut savoir se taire. » Il m’a confié qu’il avait appris à poser de meilleures questions et qu’il obtenait ainsi des renseignements qui rendent ses interventions plus efficaces. Voilà bien un enseignement pour ceux d’entre nous qui doivent guider les autres.

Si vos résultats sont irréguliers ou si l’exécution est hésitante, vérifiez si vous avez une vision claire de ce que vous voulez faire et réussir.